Mario et Zhor

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Aujourd’hui après le boulot, je me suis arrêtée à l’épicerie et à l’extérieur non loin de l’entrée, je vois un homme et son chien, un beau Husky sibérien tout blanc aux yeux noisette. L’homme est accroupi près de son chien qui lui est couché calmement et lui parle doucement. Je passe devant eux, regarde le chien puis l’homme à qui je souris et qui me sourit à son tour avant que j’entre dans le magasin.

Quelques minutes plus tard de sors, l’homme et son chien y sont toujours tranquillement. Je m’arrête et demande à l’homme si c’est son chien, il me dit « oui ». Je lui demande si je peux caresser son chien, « oui ». Je m’approche et m’agenouille à côté du chien et le laisse sentir ma main. Il est gentil comme tout. Je demande à l’homme quel est le nom de son chien et celui-ci me répond avec un français teinté d’un accent anglais « Zhor ». L’homme me demande mon nom, je lui dis et il me tend la main et dit « moi c’est Mario ».

Mario m’explique ensuite sa situation de façon très franche et honnête. Originaire du Québec (Temiscouata), il a vécu pendant des années au Michigan USA et il est maintenant de retour au pays depuis un mois. Il tente d’obtenir de l’aide et attend son certificat de naissance pour se refaire une vie ici. Depuis son arrivée, Mario a cogné à plusieurs portes pour un abri, des endroits comme Lauberivière (refuge et soupe populaire) mais aucun de ces endroits n’acceptent les chiens.

Mario s’empresse de me dire qu’il a rebroussé chemin et qu’il n’abandonnera Zhor car lui ne l’abandonnerait jamais. Il me dit ensuite que plusieurs personnes dans sa situation demandent de l’aide mais que ce n’est pas toujours pour de la nourriture. Lui demande un peu de sous pour se nourrir et nourrir son chien. Depuis le début de notre discussion je regarde cet homme avec son gros manteau d’hiver, barbe de quelques semaines, tuque marine mais ce qui m’accroche par dessus-tout c’est sa douceur et son regard franc. Zhor lui est habillé de sa fourrure blanc cassé, pattes et bedaine mouillées et sales, d’un harnais rouge et d’une longue laisse de nylon usée.

Je dis à Mario que je peux lui donner 10 $. Il me propose de l’accompagner au magasin pour me prouver que c’est réellement à des fins de nourriture. Je lui dis que je lui fais confiance et que je ne voudrais pas qu’il laisse son chien seul à l’extérieur en allant tout deux à l’intérieur. Après coup, Je me dis en moi-même que mon commentaire est complètement ridicule considérant que l’homme vit dans la rue avec seul compagnon son chien et qu’il doit avoir plus d’une fois du le laisser à l’entrée d’un commerce ou autre. Bref, n’ayant pas d’argent comptant sur moi, je lui dis que je vais chercher des sous et reviens.

Une tonne de choses se bousculent dans ma tête pendant ces minutes entre moi, mon prochain et son chien. Je retourne à Mario qui me sourit. Je lui demande s’il veut que je reste avec Zhor pendant qu’il va faire ses achats, il me répond « tu peux si tu veux et c’est gentil mais Zhor est habitué de m’attendre patiemment ».

Nous discutons de chiens en passant du français à l’anglais avec lequel il semble plus à l’aise. Je lui dis que je trouve super que son chien porte un harnais au lieu d’un collier et il m’explique avoir eu 4 chiens et qu’ils n’ont jamais porté de collier mais un harnais et ce, depuis que le chien d’un de ses amis se soit pendu en sautant par dessus une clôture.

Il me dit aussi que Zhor est très bien « dressé », je lui demande si tout cet apprentissage est fait avec douceur, il est affirmatif et me dit candidement « je ne briserais jamais son spirit« …je trouve ça plus que touchant.

Il me raconte une anecdote récente alors que sur une place publique un passant se met à l’engueuler, Zhor lui se met à grogner, probablement sentant son humain menacé. Mario rassure son chien qui cesse de gronder et demande au passant pourquoi il est agressif envers lui. Le gars lui dit « this dog should have a home ». Mario lui demande « Describe home? » Le gars répond  » un toit, de la bouffe, une cour clôturée, des jouets… » Mario lui répond « Oh ! You’re describing a house…cause a home is where you are loved »…je lui dis : « Exactly, home is where the heart is », on se regarde et on sourit.

Je lui tend 20 $, il me dit « c’est plus que 10$ ça », je lui répond « Ça me fait plaisir de t’aider et d’aider ton chien ».

Nous avons échangé encore un peu, il m’a remercier plusieurs fois, a serré ma main de nouveau. Je lui ai souhaité bonne chance et qu’il trouve un toit pour eux deux avant que la neige arrive. Il me dit « if you see us again, honk and we’ll say Hi! »

Cette rencontre encore toute fraîche restera longtemps dans ma mémoire et en quittant ces deux complices, j’ai silencieusement fait mon mea culpa car j’ai déjà moi même par le passé jugé des itinérants ayant des chiens et leur incapacité de subvenir aux besoins de ces toutous. Plus jamais…car maintenant je connais Mario et Zhor…puis je suis certaine que beaucoup d’itinérants aiment et respectent 100 fois plus plus leur chien qu’une majorité de bien nantis.

Des sentiments partagés m’habitaient sur le chemin du retour….le coeur gros et heureux à la fois….

J’aurai bientôt 40 ans et c’est la première fois que je donne de l’argent à un itinérant et en disant cette phrase, je me suis mise à pleurer. Il est vrai que c’est Zhor qui m’a attirée vers cet homme de qui je ne connaissais rien…preuve que les animaux nous rendent plus humains.

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